Communisme

À quoi nous sert le communisme ?

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Dans le cadre des conférences de "l'Atelier" de Montluçon sur le thème "Pensons une nouvelle société", aura lieu le 20 novembre prochain à la Ferme des Îlets, une conférence débat "Oser voir au-delà du capitalisme", avec Pierre Zarka et Pierre Khalfa. Les organisateurs, afin de permettre aux participants « de mieux connaître à l'avance les conférenciers » adressent désormais  aux intéressés « des articles se rapportant à leurs prises de position ou à leurs écrits ». Ci-dessous, le texte de Pierre Zarka. Celui de Pierre Khalfa est ici.

À quoi nous sert le communisme ?

Pierre Zarka (Association des Communistes Unitaires)
(article publié par L’Humanité)
Aristote demande à ses élèves : « Un homme marche et arrive devant un ravin ; il tourne à droite, marche et arrive de nouveau à un ravin. Il tourne encore à droite et arrive encore à un ravin ; puis recommence encore une fois ; il est donc entouré de ravins. Comment l’en sortir ? » Les élèves restent cois. Aristote leur dit : « La réponse était comment est-il arrivé là ? Vous n’avez pas trouvé de solution parce que vous êtes restés enfermés dans les termes où le problème a été posé alors qu’il fallait vous en libérer. »
Cela ne vaut-il pas pour nous ?

Le cadre idéologique dans lequel sont posés nos problèmes est celui créé par le capital. Se battre avec ces termes nous laisse comme ces abeilles qui, voulant sortir par la fenêtre, ne cessent de se heurter à la vitre. Une part importante des déçus le ressente, ce qui les rend disponibles pour réfléchir à une autre voie. Ce qui peut nous sortir du sentiment d’impuissance, est d’aborder le présent et les urgences à partir d’une autre conception de la société. Si le capitalisme est en crise, penser l’après-capitalisme est non seulement un but mais devient un levier.

On va dire qu’évoquer le communisme éloigne des urgences. Mais l’apport du communisme n’est pas du rêve, il change le centre de gravité de l’affrontement de classes. Les travaux des Communistes Unitaires pour repenser le communisme ne sont pas ceux d’un club mais relèvent de l’action politique.

Deux exemples :
- Le communisme implique selon Marx, contrairement à l’expérience soviétique, un processus de dépérissement de l’Etat. A quoi un tel concept peut servir ? Aller d’élection en élection pour que la situation ne cesse de se détériorer nourrit un sentiment d’impuissance. Or qui réduit la citoyenneté aux seules élections, si ce n’est la bourgeoisie ?
Si nous nous mettions à penser que la démocratie c’est faire par soi-même avec ses semblables, sans attendre l’Etat, nous percevrions que le point commun à toutes les luttes et attentes, c’est d’espérer un pouvoir d’imposer. Alors la politique tournerait moins autour des leaders qu’autour de comment nos actes ont pour sens d’arracher des parts de pouvoir-faire. Voilà qui favoriserait la convergence de tous les combats. Si les salariés se libéraient de toute notion de dépendance, dans quelle entreprise seraient-ils encore à la merci d’un hypothétique repreneur ?

- Le communisme, c’est, dit Marx, le dépassement du salariat. Science-fiction ? On l’a cru. Mais faut-il considérer que les seuls moments utiles à la société sont ceux passés dans l’entreprise ? Seuls les exploiteurs ont intérêt à définir ainsi la production de richesses. Quand des enseignants s’occupent d’enfants c’est reconnu utile et quand des parents ou grands-parents s’occupent des mêmes enfants, cela ne le serait plus ? Faut-il être dans une logique marchande et dans une activité contrainte pour qu’elle soit reconnue ? La qualification ne peut-elle pas servir d’étalon pour garantir des revenus lors de tous les moments de la vie ? Utopie ? Que sont déjà les congés maternité, les congés formation mais aussi les heures syndicales payées, les congés payés ? Se cultiver, être en bonne santé n’apporte rien à l’économie ? La lutte pour la retraite ou contre le chômage ne serait-elle pas plus forte si le rapport travail/hors travail était vécu comme producteur de richesse ?

Ces propos sont-ils inaudibles? Il n’y a pas de discussion politique sans que la notion de Pouvoir ne soit brocardée. Que demandent les salariés qui se mettent en coopérative ? De ne plus être chapeautés par une autorité autre que la leur. Et les intermittents du spectacle ? Le dépassement de la dissociation travail/hors travail. Partir de ce que l’on souhaite pour combattre ce qui est, aborder le présent à partir de ce qui n’est pas encore, peut libérer un immense potentiel et changer profondément qui prend l’initiative et de quoi est faite l’actualité.

Vaccinés contre le « grand soir » par la faillite du soviétisme, on recourt désormais à la notion de processus. Mais ne confondons-nous pas processus et parcellisation des problèmes en proposant des programmes quasiment à la carte où chacun vient chercher ce qui l’intéresse sans que rien ne dessine une cohérence ? Et sans cohérence qu’y a-t-il alors de commun entre ce que peut chercher un ouvrier et un enseignant ? C’est de se projeter dans la quête d’une autre conception de la société qui peut déboucher sur du commun. Processus ? Oui mais pas sans être tendus vers une intention. Il ne s’agit pas de prétendre tout savoir à l’avance mais de chercher à aller vers un horizon dont le sens aura été défini par nous tous. Sans intention, il n’y a pas de processus du tout, il n’y a que du piétinement.

Reste à la construire cette intention.

, 20 novembre 2014