Mondialité

La Gwiyann lévé ! La Guyane debout !

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Françoise Vergès rappelait sur France 3, dimanche 26 mars, "qu’en 2009, il y a eu de grands mouvements de colère dans les Outre-mer, en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane aussi, et que finalement il en est sorti très de choses, de manière concrète pour les populations. (…) ça reprend en 2017 en Guyane parce qu'il y a le sentiment profond que les choses ne changent pas (...). C'est une demande de légitimité, une demande d'égalité."

Le mouvement social en Guyane a commencé en début de semaine par une mobilisation des salariés d'EDF Guyane pour des revendications sur l'emploi. Les services de santé, les enseignants, les services de l'eau, les pompiers, les agriculteurs, les syndicats de police ont suivi. Lire ci-dessous appels,  communiqués, et entretiens. 1

La Gwiyann lévé ! La Guyane debout !

Une série de mobilisations se déroulent en Guyane depuis plusieurs semaines à l’initiative de divers collectifs. Elles ont pour point commun un ras-le-bol général et le souhait de voir enfin la Guyane pouvoir vivre de ses richesses. Le mouvement s'est généralisé depuis le 23 mars, bloquant en particulier les voies de communication, et entraînant la paralysie de toutes les activités économiques, des écoles, services et administrations. L’unanimité des syndicats membres de l’Union des Travailleurs de Guyane (UTG), la principale organisation syndicale du pays a appelé vendredi à la grève générale, à durée illimitée, à partir de ce lundi 27 mars 2017.

La suite du communiqué d'Ensemble est ici.

LA FSU APPELLE A LA GREVE A PARTIR DE LUNDI 27 MARS 2017

APPEL de la FSU-GUYANE

L'histoire très récente le montre, lorsque nous sommes nombreux autour d'une demande commune, nous gagnons. C'est par la réunion de nos forces et de nos énergies que nous avons obtenu un classement en Éducation Prioritaire Renforcée pour notre académie.

Les mouvements d'ampleur qui paralysent la Guyane depuis plusieurs jours réunissent des citoyens, des collectifs, des organisations syndicales qui hurlent à l’État leur ras-le-bol, leur colère, leurs exigences d'une politique visionnaire, ambitieuse, pour que la Guyane marche vers un réel avenir.

La FSU Guyane invite l'ensemble des personnels de l'éducation nationale à rejoindre les manifestations en cours et à venir, en portant haut et fort les revendications citoyennes, humanistes, solidaires et fraternelles qui sont les siennes.

La FSU Guyane appelle tous les personnels à rejoindre les rassemblements lundi à 8 heures devant le rectorat à Cayenne, devant Super U à St Laurent, ou sur les lieux qui vous seront accessibles.

La FSU Guyane accuse l'état d'abandonner 300 000 citoyens qui lui ont pourtant fait confiance en votant massivement pour le maintien de la départementalisation.

La FSU Guyane revendique :

  • Un plan de constructions scolaires bio climatiques : 10 collèges, 5 lycées et 500 classes.
  • La scolarisation de tous les jeunes de 3 à 18 ans.
  • La restauration scolaire et le transport gratuit pour tous les élèves.
  • L'enseignement systématique des langues maternelles, le doublement immédiat du nombre de postes d'ILM.
  • Le rattrapage du retard en personnels pour encadrer nos élèves : 3500 adultes de plus pour atteindre la moyenne nationale.
  • Des mesures visant à rendre le département attractif : concours exceptionnel, élargissement des mesures indemnitaires, formation des personnels précaires en vue de leur titularisation.
  • Le désenclavement des communes isolées par un réel accès au logement et aux services publics pour tous : transports, communications, soins, énergie, emploi, formation.

La FSU Guyane appelle les organisations syndicales de l'éducation à construire une plate-forme de revendications communes dans le cadre d'une intersyndicale.

Le bureau de la FSU Guyane.

Guyane : L’évêque de Cayenne réagit à la grève générale

Publié sur le site de Denis Chautard

La Guyane vit au ralenti depuis jeudi dernier, paralysée par un conflit social de forte ampleur motivé par de graves problèmes de chômage et d'immigration. Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne, réagit.

Aleteia : Quel est votre regard sur la situation ? Peut-on la qualifier de chaotique ?
Mgr Emmanuel Lafont : Non, pas chaotique, mais littéralement bloquée, on ne peut pas bouger. Pourtant le mouvement reste « propre », très serein. Chacun fait « contre mauvaise fortune bon cœur ». En dépit des barrages, les messages et un certain nombre de marchandises parviennent à passer, certains grévistes assurent le relai, la transmission.

La solution est-elle entre les mains du Gouvernement, à Paris ?
Nous attendons que le gouvernement signe un certain nombre de dispositions. Il ne peut pas tout mais il faut une réelle prise de conscience et une prise de conscience globale. En effet, le problème est français ou européen pour ce qui concerne les lois et les règlements, mais il est aussi mondial : ici, la moitié des hommes est sans travail. Autour, c’est pire. En dépit de la situation économique très difficile, la Guyane est un îlot de mieux-être en Amérique latine qui attire bon nombre de ses voisins (les pays proches ou limitrophes : Guyana, Suriname, provinces du nord du Brésil, sont frappés par une pauvreté endémique, Ndlr). Face au délabrement économique mondial, la Guyane, comme la Métropole, doit prendre sa part de responsabilités.

Les gens d’ici aussi sont attirés par l’argent facile, par l’argent de la drogue. Les filières sont très bien organisées. On estime que chaque semaine, une soixantaine de « mules » transitent par l’aéroport pour transporter leur marchandise dans le reste du monde (dans le jargon policier, des passeurs qui ingèrent d’importantes quantités de drogues pour échapper au contrôle, Ndlr). Chaque voyage peut rapporter jusqu’à 5 000 euros. Les gens pauvres, ceux qui vivent au bord des fleuves, des mères de famille même, demandent aux chefs coutumiers comment passer de la drogue à leur tour, pour s’en sortir. Sur le total, une quinzaine seulement est repérée, arrêtée, conduite à l’hôpital, jugée, etc. Mais c’est une opération coûteuse – il faut deux policiers pour chaque escorte – gourmande en hommes et en temps. Y faire face est très compliqué.

Comment l’Église prend-elle sa part de responsabilité dans le conflit ? 
J’ai envoyé une lettre aux élus il y a 5 semaines qui est restée sans effet. Il faut croire que nos responsables politiques ne connaissent pas l’adage « mieux vaut prévenir que guérir ». Les chrétiens sont présents partout, ils font partie intégrante du mouvement. Les paroissiens aussi sont sur les barrages, avec les grévistes : ils prient tous ensemble publiquement. En effet, la plupart des manifestants sont croyants. Les chrétiens œuvrent à la conscientisation du mouvement, lui donnent du fond et une espérance.

Comment jugez-vous les groupes comme les « 500 frères », qui portent la plupart des revendications des grévistes ?
L’action de ce collectif exprime le ras-le-bol de tout la communauté (un mouvement qui affiche les codes vestimentaires et le mode opératoire d’une milice, mais revendique une action non violente, Ndlr). Sans tomber dans le piège de la caricature qu’ils tendent involontairement avec leurs cagoules, il faut les entendre. Ce sont des gens responsables. Dans leur action se cristallise pacifiquement la colère des gens.

Propos recueillis par Alexandre Meyer

Sens profond et but ultime de la mobilisation guyannaise

Texte de l'écrivain Elie Stephenson transmis par Louis Aminot ici

, 27 mars 2017