Europe

La dictature de l’hyperpuissance

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L’affaire de l’accord sur le nucléaire iranien, devenu désaccord après la décision de Donald Trump, nous donne une idée de l’état du monde. Tous les discours sur la fin de "l’hyperpuissance" n’ont fait que répandre une illusion. De cette "hyperpuissance", Obama avait usé modérément, Trump, lui, en abuse. Mais elle est toujours bien là, potentiellement tyrannique, xénophobe, et le front bas. C’est une réalité intrinsèque où se mêlent puissance militaire, domination industrielle et technologique, et monopole du dollar comme monnaie d’échange internationale.

Non seulement Trump promet de nouvelles sanctions au peuple iranien, mais il impose son diktat à ses "alliés" occidentaux, traités comme des vassaux. Les entreprises françaises, allemandes et italiennes, qui avaient investi en Iran, sont sommées de déguerpir. Et elles déguerpissent dans le plus grand désordre. Total en tête. Et si elles ont la moindre hésitation, les banques ont des arguments pour les convaincre : elles ne voleront pas à leur secours en cas de sanctions américaines. Le chacun pour soi économique se double d’un chacun pour soi politique. De Paris à Berlin, malgré les rodomontades officielles, on supplie l’ogre américain d’accorder quelques dérogations… Car si cette affaire est révélatrice d’une hyperpuissance trop vite enterrée, elle confirme aussi l’inexistence politique européenne. Au milieu de ce paysage, les exhortations "européistes" d’Emmanuel Macron, le 10 mai à Aix-la-Chapelle, rappellent un peu les sauts de cabri moqués jadis par de Gaulle : « Il ne suffit pas de sauter sur sa chaise comme un cabri en criant l’Europe, l’Europe, l’Europe… ». Macron a raison de dénoncer "le fétichisme de la dette", mais il le pratique lui-même avec zèle. Ce fétichisme commande toutes ses offensives contre les salariés - à commencer par les cheminots -, et toutes les coupes claires dans les budgets sociaux.

Je m’éloigne du sujet ? Pas tant que çà ! Si l’hyperpuissance américaine ne rencontre aucune résistance sur le nucléaire iranien, ou dans le conflit israélo-palestinien, c’est que l’Europe politique n’existe pas. Et si elle n’existe pas, c’est que les peuples n’ont jamais été mobilisés sur une politique sociale commune. Bien au contraire, l’Europe n’est invoquée que pour justifier les réformes les plus hostiles. Pour devenir une puissance politique, l’Europe doit s’unir sur un projet social auquel les peuples peuvent adhérer. On est loin du compte.

Edito de Cerises n°348, 18 mai 2018