Citoyenneté

Georges Séguy, syndicaliste communiste

Envoyer par emailPDF version

Georges Séguy est décédé. L'Humanité retrace sa vie de résistant et publie mardi 16 un numéro spécial, Le Monde retrace son parcours d'homme engagé.

Georges Séguy est mort

La Libération par ceux qui l'ont vécue
Yves Housson
Jeudi, 28 Août, 2014

Georges Séguy, homme politique communiste, résistant et syndicaliste CGT né le 16 mars 1927 à Toulouse  vient de s'éteindre à l'âge de 89 ans.

Avant de consacrer son édition de mardi à un munéro spécial de l'Humanité dédié à la mémoire de cet homme politique communiste, et résistant qui fut le secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) durant 15 ans ( de1967 à 1982 ), puis De 1982 à 2002, président de l’Institut CGT d'histoire sociale (IHS-CGT) dont il est l'un des fondateurs et est demeuré le Président d’honneur jusqu'à son décès, l'humanité.fr vous propose de relire plusieurs entretiens que Georges Séguy a accordé à notre journal ces dernières années.

Résistant, déporté à l’âge de dix-sept ans, il avait raconté à notre confrère Yves Housson la lutte pour la dignité au cœur de l’univers concentrationnaire. Délivré seulement en mai 1945, il témoignait en 2014 de l’écho, au camp de Mauthausen, des nouvelles du front de Normandie et de la libération de Paris.

La Libération, il l’a vécue, euphémise-t-il, « dans une situation un peu particulière ». À l’été 1944, il est, depuis le mois de mars, la proie du pire des rouages de la machine nazie : déporté au camp de Mauthausen, en Autriche. Jeune militant syndical et communiste à Toulouse, il avait été arrêté, en février, par la Gestapo. Apprenti conducteur-typographe, Georges travaillait dans une imprimerie clandestine. « On imprimait des journaux de la Résistance, Libération, Franc-Tireur, l’Humanité, les journaux syndicaux de la CGT illégale. On a fait des fausses cartes d’identité. On a même édité des faux certificats de baptême catholique, à la demande de l’archevêque de Toulouse, à l’intention d’enfants juifs confiés à des familles d’accueil et dont les parents fuyaient la traque de la police de Vichy. » Tout avait commencé deux ans plus tôt, un soir de mars 1942, lorsque son père, en larmes, lui annonce l’exécution de Pierre Semard, dirigeant de la CGT cheminots, grand ami de la famille Séguy. Révolté, Georges propose à ses camarades de la Jeunesse communiste d’entrer dans les FTP. Le jugeant « trop jeune pour prendre les armes », ils l’orientent sur l’imprimerie, où ses tâches l’amèneront à tenir aussi le rôle d’agent de liaison entre les diverses organisations résistantes.

Le plus jeune déporté résistant de France

Arrêté sur dénonciation, avec l’ensemble de ses collègues de travail, 17 hommes et trois femmes, il fait, à dix-sept ans – ce qui lui vaudra la redoutable distinction de « plus jeune déporté résistant de France » –, l’« horrible voyage » de Mauthausen. « Intégralement nus, entassés dans des wagons à bestiaux, trois jours, trois nuits, sans manger, sans boire, sans voir le jour. » Première expression de la barbarie nazie, qui sera leur lot quotidien. De ces SS qui « voulaient à tout prix nous déshumaniser, nous traiter comme des déchets », car « nous étions pour eux une espèce de terroristes coupables d’avoir osé combattre l’idéologie nazie, et, pour eux, ça méritait de nous obliger à travailler pour leur compte, avec leur mépris, leur violence et la famine jusqu’à ce que mort s’ensuive ». Au cœur de la nuit, lueur fragile mais inestimable, Georges rencontre d’autres Français, des militants communistes pour la plupart, condamnés en France par le pouvoir de Vichy et livrés aux nazis. Avec des détenus d’autres nationalités, ils sont parvenus à monter une organisation clandestine. Elle « fonctionnait surtout pour résister à la cruauté de nos bourreaux », « préserver quoi qu’il en coûte notre dignité ». Entretenir « l’espérance de survivre et d’être libéré ». Résister à Mauthausen, c’était saboter le travail : Georges raconte comment, affecté à l’assemblage d’ailerons pour les avions de chasse Messerschmitt, il perçait des trous de 10 millimètres pour des rivets de 8… Résister, ce sera aussi capter les informations radiophoniques sur la débâcle en cours et, grâce à l’organisation secrète, les faire connaître. Georges sera l’un de ces relais, diffusant les nouvelles aux détenus « trois par trois », « chaque dimanche, jour sans travail ». Ainsi les déportés apprendront-ils l’avancée de l’armée soviétique sur le front de l’Est. De même que, par la suite, l’ouverture d’un deuxième front avec le débarquement en Normandie, puis la Libération de Paris. Là, pour exprimer l’optimisme qui s’empare d’eux, « nous avons fait quelque chose d’un peu particulier, raconte Georges. Pour aller du camp à l’usine, on suivait un petit chemin caillouteux et il y avait des coquelicots : on s’était mis des pétales de coquelicots, tous les Français, sur notre tenue de bagnard. Dans notre idée, c’était la célébration du deuxième front. Les SS n’ont pas compris… ». De longs mois séparent encore le déporté Georges Séguy, « matricule 60581 », de la délivrance. Des mois qu’il vivra, confient-t-il, à la fois « heureux », de l’évolution des combats, et « anxieux », car « on avait entendu dire que Goebbels proposait la solution finale pour les détenus de la Résistance ». Mauthausen sera libéré début mai 1945. Rapatrié à Toulouse le 5 mai, se tenant à l’écart de la liesse de la Libération – « seul rescapé de l’imprimerie, j’étais avec le deuil, les cruautés que je venais de quitter » –, il réintégrera rapidement la vie militante, à la CGT et au PCF. Porté, à l’âge de vingt-deux ans, à la tête de la fédération des cheminots, il deviendra, en 1967, jusqu’en 1982, secrétaire général de la Confédération CGT. Sans jamais perdre de vue le serment adopté par tous les détenus de Mauthausen : « Poursuivre la lutte après la Libération de telle manière que jamais plus ça ne recommence, que la liberté, le droit des peuples priment tout. » Convaincu, dit-il, que « si la Seconde Guerre mondiale s’était prolongée de deux à trois mois, aucun d’entre nous n’aurait survécu », il avertit : « Gardons-nous de faire table rase du témoignage des survivants sur ce que fut la barbarie nazie » car l’actualité en France et dans le monde prouve que “le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde” ». Un témoignage et un message que, dans le Loiret où il vit sa retraite, à quatre-vingt-sept ans, il porte encore dans les lycées et collèges où il est souvent sollicité.

Georges Séguy, ancien secrétaire général de la CGT, est mort

LE MONDE | 14.08.2016 Par Michel Noblecourt

Jusqu’à la fin de sa vie, Georges Séguy, mort samedi 13 août, à l’âge de 89 ans, est resté à la fois syndicaliste et communiste. Mais il a dû affronter, dans les mois qui ont précédé son décès de douloureuses épreuves, avec la mort de son épouse Cécile, et de sévères problèmes de santé. Il avait fait plusieurs AVC et avait subi, à la suite du diabète dont il souffrait, l’amputation de ses deux jambes en dessous des genoux. Le premier ministre, Manuel Valls, a salué dimanche« une grande figure du syndicalisme et des luttes sociales dans notre pays »« Il ne suffit pas de s’indigner, il faut s’engager », a écrit le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, rappelant les mots prononcés par Georges Séguy en 2013.

L’ancien secrétaire général de la CGT, président d’honneur de l’Institut d’histoire sociale de la centrale, dosait ses interventions dans le champ politique et syndical. Il avait ainsi pris soin de justifier totalement, dans un entretien à L’Humanité Dimanche du 7 juin 2012, l’engagement de Bernard Thibault contre la réélection de Nicolas Sarkozy : « Conformément à l’histoire et au rôle de la CGT, depuis toujours, quand la politique qui est imposée aux travailleurs est néfaste et comporte des malfaisances, celle-ci se doit d’exprimer clairement ce qu’elle pense. »

Durant la campagne présidentielle, Georges Séguy, qui avait, quelques mois plus tôt, perdu un de ses deux fils, avait ouvertement pris position pour Jean-Luc Mélenchon. Et recourant à une de ses formules dont il avait usé durant sa carrière syndicale, il avertissait François Hollande : « Si la gauche au pouvoir n’allait pas dans le sens de ce que veut le peuple, (…) il va y avoir socialement une réaction terrible qui peut même dépasser la position syndicale. » Il ne cacha pas, par la suite, son opposition à la politique menée.

A 7 ans, il fait sa « première grève »

Georges Séguy est né le 16 mars 1927 à Toulouse. Son père André, ouvrier agriculteur puis cheminot, avait rejoint le Parti communiste en 1920, à l’issue du congrès de Tours. Encore enfant, le jeune Georges est plongé dans le bain communiste : « En 1937, j’avais 10 ans. J’accompagnais toujours mon père aux réunions et aux manifestations. » Déjà, à 7 ans, il fait ce qu’il appellera sa « première grève » : il sèche l’école pour obtenir la libération de son instituteur arrêté après une manifestation. Sa mère, catholique très pratiquante, le fait baptiser en catimini et songe à l’inscrire au catéchisme. Il obtient le certificat d’études primaires en 1939 et se souvient avec rage du cours complémentaire où, en 1940, on l’« obligeait à faire une heure d’instruction civique à la gloire du maréchal Pétain ».

A sa sortie du collège, Georges Séguy apprend le métier de conducteur typographe dans une imprimerie où on exécute des travaux pour la Résistance (fausses cartes d’identité, tracts). A l’âge de 16 ans, il adhère à la Jeunesse communiste et il est enrôlé dans les rangs des Francs-tireurs et partisans français (FTPF). « Vendu froidement aux Allemands », il est arrêté par la Gestapo le 4 février 1944. « J’avais une menotte qui me liait au poignet de celui qui nous avait dénoncés », a-t-il raconté, en précisant qu’il avait identifié, à son retour de déportation, le dénonciateur qui fut jugé, reconnu coupable et fusillé.

Emprisonné d’abord à Toulouse, Georges Séguy est transféré au « camp de triage » de Compiègne d’où il part, le 23 mars 1944, « dans les fameux wagons » pour le camp de Mauthausen (Autriche). A sa libération, par la Croix rouge internationale, le 28 avril 1945, il ne peut plus exercer son métier de typographe en raison d’une pleurésie contractée en déportation. Cela lui avait valu d’être soigné en cachette à l’hôpital du camp où il était employé. Il entre, en avril 1946, à la SNCF et il milite tout naturellement au syndicat CGT des cheminots dont il prend rapidement la direction. En 1949, il devient permanent syndical à la fédération des cheminots.

Secrétaire général de la fédération des cheminots, en mai 1961, il mène de front une carrière syndicale et politique. En 1956, au congrès du Havre, Georges Séguy est élu au comité central du PCF et il a la surprise de se voir proposer par Maurice Thorez, d’entrer comme suppléant au bureau politique. « Il faut être audacieux quand on procède à la promotion des jeunes militants », lui avait confié Thorez. En 1956, il avait fait partie de la délégation communiste au XXIIe congrès du Parti communiste d’Union soviétique, où Nikita Khrouchtchev révèle « l’étendue des crimes accomplis sous Staline ». Un souvenir « traumatisant » mais, dira-t-il, « en même temps, il provoquait en moi l’espérance d’un tournant décisif ». Titulaire en 1964, alors plus jeune membre du « BP », il y restera jusqu’en 1982.

Un lutteur qui refuse de traiter le patronat de « partenaire »

Entré en 1965 au bureau confédéral de la CGT, Georges Séguy est élu, le 16 juin 1967 au congrès de Nanterre, secrétaire général d’une organisation qui revendique alors 1,9 million d’adhérents. Avec ses cheveux roux qui lui vaudront le surnom de « Rigi », sa rondeur débonnaire, parfois même joviale, il parle peu, avec son accent chantant de la Garonne, et rit fort. Le regard malicieux, il aime les bons mots et les formules acérées. Il n’a rien d’un idéologue et apparaît plutôt pragmatique. C’est un lutteur qui s’est peu frotté aux négociations avec un patronat qu’il refuse de traiter de « partenaire ». Intransigeant sur ses convictions, il n’a rien d’un sectaire. D’une intelligence vive, il impose progressivement son autorité. C’est qu’il n’est pas facile de succéder au charismatique Benoît Frachon, qui avait hésité entre Henri Krasucki et lui, pour lequel on avait inventé une fonction de président qui ne servira qu’une fois.

Mai-68 constitue le baptême du feu pour Georges Séguy, assez méfiant vis-à-vis des étudiants et surtout des gauchistes. Après l’occupation de Nanterre, interrogé sur un des meneurs du mouvement du 22 mars, Daniel Cohn-Bendit, il répond : « Cohn-Bendit, qui est-ce ? » Le propos lui sera longtemps reproché. Il soupçonne la CFDT de vouloir s’allier avec ces enfants de la bourgeoisie gauchistes et ironise sur cette « vieille nostalgie du mouvement syndical, selon laquelle la grève générale pourrait entraîner la chute du capitalisme. Je peux le confirmer, cela ne marche pas ».

Georges Séguy participe, aux côtés de Benoît Frachon, aux négociations de Grenelle. A la fin de ce marathon social, Georges Pompidou interpelle le dirigeant syndical : « Allez-vous appeler à la reprise du travail, compte tenu de tout ce que vous avez obtenu ? » « Non, lui répond-il, parce que nous n’avons jamais lancé de mot d’ordre national de grève. » Et il contestera toujours avoir été sifflé par les ouvriers de Renault-Billancourt quand il est allé présenter – non des accords jamais signés – le relevé de conclusions : « On a raconté que je voulais faire cesser la grève et que je m’étais fait huer. J’avais d’autant moins de raisons d’appeler à la reprise du travail que les camarades de Renault m’avaient informé avant qu’ils avaient déjà voté pour la poursuite de la grève à l’unanimité. » Des années plus tard, l’ancien patron de la CGT était intarissable sur le sujet, continuant à se défendre d’avoir été sifflé. Il y avait consacré un de ses cinq livres : Le Mai de la CGT (Julliard, 1972)à côté de Lutter (Stock, 1975), Le 1er Mai, les 100 printemps (Editions sociales, 1989), La Grève (L’Archipel, 1993), Résister (L’Archipel, 2008).

Face à la gauche, Georges Séguy voit dans la CGT « une sorte de catalyseur » parce qu’elle réunit des communistes et des socialistes. S’il soutient le Programme commun de gouvernement entre le Parti communiste et le Parti socialiste, signé en 1972, – « enfanté » à ses yeux par Mai 1968 –, il refuse de jouer les médiateurs Après la rupture. En février 1978, il assure à L’Expansion qu’« en y mettant le prix, un gouvernement de gauche peut avoir en nous bien mieux que des alliés : des partenaires ».

Dès 1971, Georges Séguy veut ouvrir la CGT aux « vertus de la démocratie syndicale ». Cet aggiornamento trouve son apothéose au 40e congrès de Grenoble, du 25 novembre au 1er décembre 1978, symbole de l’ouverture qu’il souhaite de toutes ses forces. Son fil rouge est la volonté d’être plus autonome vis-à-vis du PCF. Dans un discours de quatre-vingt-dix minutes, il se livre à une autocritique des pratiques de la CGT : « Le fait que nous ayons nous-mêmes, dans cette période, fait de plus en plus référence au Programme commun et de moins en moins à celui de la CGT a pu contribuer, même si ce fut à notre corps défendant, à entretenir la confusion. Que cela ait eu des conséquences négatives au niveau de l’action revendicative, c’est incontestable. »

« C’est beau la CGT ! »

Les cent fleurs de Grenoble tournent court. Le PCF de Georges Marchais qui avait encore un poids électoral de 20 %, s’oppose à l’ouverture. Dès l’origine, celle-ci est combattue par Henri Krasucki qui voyait d’un mauvais œil la proposition de Georges Séguy de créer avec la CFDT – avec laquelle les relations étaient au bord de la rupture depuis le « recentrage » lancé par Edmond Maire en 1978 – un comité national pour l’unité d’action. Georges Séguy avait aussi pris ses distances avec la Fédération syndicale mondiale, inféodée à Moscou, en quittant son secrétariat.

Mis en échec à Grenoble, Georges Séguy tente de résister à la chape de plomb qui s’abat sur la CGT et à la mise sur la touche de ses partisans. Quand François Mitterrand est élu, le 10 mai 1981, il exulte : « Le soleil se lève sur la vie du mouvement syndical. » Et dans une interview à La Croix, le 13 juin 1981, avant l’entrée de ministres communistes au gouvernement, il assure de manière surprenante : « Nous n’avons pas à revendiquer notre appartenance à la majorité. C’est un fait dans la mesure où nous avons appelé à voter pour François Mitterrand. » Mais, précise-t-il, la CGT est dans la majorité « sans avoir aucune sorte de contrainte de solidarité gouvernementale ».

Tentant contre vents et marées de rester fidèle à l’esprit de Grenoble, Georges Séguy plaide pour une « adaptation de grande envergure » face à l’arrivée de la gauche au pouvoir : « Nous adapter, c’est passer d’un syndicalisme de contestation et de lutte, de manifestations et de grève, à un syndicalisme de négociation, de participation, de recherche de solutions économiques et sociales. »

Mais, en octobre 1981, Georges Séguy, qui avait plusieurs fois dénoncé la « réticence interne et larvée » et « l’inertie » dans la mise en œuvre de la rénovation de Grenoble, jette le gant. Il annonce son départ, au prétexte qu’il a 55 ans, l’âge de la retraite des cheminots. Mais son départ, au congrès de Lille, en juin 1982 – où il évoque avec nostalgie ses quinze années au secrétariat général qui l’ont« habitué à la tolérance » et lance un appel à la jeunesse conclu par un émouvant « c’est beau la CGT ! » – symbolise, avec l’élection d’Henri Krasucki – qui s’était engagé alors à ne faire qu’un mandat mais en fit trois – la reprise en main de la centrale par le PCF.

Membre de la commission exécutive de la CGT, jusqu’en 1992, il s’investit dans le mouvement pacifiste, l’Appel des cent, et préside l’Institut d’histoire sociale de la CGT, créé en 1981. Il vit sa retraite dans son petit hameau de Vieilles-Maisons, au milieu des champs dans le Loiret, avec son épouse Cécile. Ses problèmes de hanche l’empêchent peu à peu de chasser. En 1995, il monte un comité de défense pour s’opposer à un projet d’autoroute menaçant sa maison et se retrouve aux côtés du général Massu… « On n’allait pas refaire le procès de la guerre d’Algérie, hein ? », rétorque-t-il à ceux qui fustigent cette alliance contre-nature. Ils gagnent leur combat commun.

Aux élections européennes de 1989, Georges Séguy figure sur la liste communiste menée par Philippe Herzog. Il se justifie en affirmant que dans le programme du Parti communiste, « rien n’est fondamentalement contradictoire avec celui de la CGT ». Pour lui, militer à la CGT et au PCF sont les deux facettes d’un même combat, compte tenu des « convergences qui peuvent exister entre une organisation syndicale indépendante et une formation politique qui fondent leur orientation, chacune selon leur spécificité et leur vocation propre, sur des principes de classe ».

« Il y a trop de circonstances où l’on se plaît entre camarades de la même opinion politique pour diriger le syndicat », observe-t-il toutefois dans un entretien à Révolution, en janvier 1995L’élection de Bernard Thibault, cheminot comme lui, à la tête de la CGT, en février 1999, le comble de joie. Il voit en lui son héritier qui, dans l’esprit de Grenoble, saura mener à bien la mutation de la CGT. Le 29 septembre 2004, lors d’un hommage à un cégétiste décédé, il célèbre « son » 40e congrès, où il s’agissait d’« ouvrir toutes grandes les portes et les fenêtres de la CGT de bas en haut ». Et il revient sur l’« opposition plus ou moins concertée aux orientations du 40e congrès taxées d’opportunistes, voire de réformistes, comme en témoignent certaines correspondances critiques ou fraternelles mais de même inspiration qui m’ont été personnellement adressées pour me prier de revenir dans le droit chemin, c’est-à-dire de renoncer à mes convictions. Ce genre de pression ne pouvait que m’inciter à quitter ma responsabilité de secrétaire général ».

Lors de cette intervention, Georges Séguy avait salué la fin de la relation étroite entre le PCF et la CGT, en jugeant qu’« elle aurait dû intervenir vingt ans plus tôt, la CGT avait tout à y gagner et le PCF n’y aurait pas plus perdu ». Physiquement diminué et amaigri, mais l’esprit toujours vif, il avait assisté au congrès de Toulouse, en mars 2013, où Thierry Lepaon avait été élu secrétaire général. Mais lors des affaires qui devaient conduire à sa démission, il l’avait lâché, invitant la CGT, le 15 décembre 2015 dans l’Humanité, à « trouver la solution qui s’impose d’urgence ». Jusqu’au bout, fidèle à ses convictions.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2016/08/14/georges-seguy-ancien-secretaire-general-de-la-cgt-est-mort_4982579_3382.html#GXruGvyvkcAkeX5z.99

, 14 août 2016