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68, les archives du pouvoir

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Dans le cadre du 50e anniversaire de Mai 68, les Archives nationales organisent une exposition, en deux parties, sur leurs deux sites, présentant les événements de l'année 1968 vus par le pouvoir en place.

  • L'autorité en crise

Du 3 mai au 17 septembre 2018 - Site de Paris - Hôtel de Soubise

  • Les voix de la contestation

Du 24 mai au 22 septembre 2018 - Site de Pierrefitte-sur-Seine

Affiche de l'eposition : 68 les archives du pouvoir

C'est au travers de documents d'archives en grande partie inédits que les Archives nationales invitent, sur le site de Paris, à découvrir 68 depuis les bureaux de l'administration, de la préfecture ou du pouvoir exécutif. Tandis que sur le site de Pierrefitte-sur-Seine, ce sont les voix de la contestation qui s'expriment à travers des documents collectés ou saisis : tracs, affiches, séquences audiovisuelles… par les acteurs de l'époque : forces de l'ordre, archivistes, chercheurs et militants.

Les Archives nationales présentent ainsi plus de 400 documents dont certains toujours scellés dans une exposition en deux temps qui commence à Paris et se poursuit à Pierrefitte-sur-Seine.

 

L'autorité en crise

Site de Paris

10 millions de grévistes, une jeunesse dans la rue, un service public à l'arrêt, une économie paralysée : l'État fait face à une crise sociale majeure qui menace de le déstabiliser. L'ensemble du territoire national est concerné, tous les secteurs d'activité sont touchés. La Présidence de la République, les membres du gouvernement, les agents des administrations centrales, la Cour de sûreté de l'État sont autant d'exemples de figures et de lieux d'autorité qui cherchent alors à endiguer la contestation, à assurer la permanence de l'État.

Que faire? Par quels canaux? Et comment par la suite adapter les institutions pour prévenir tout mouvement d'ampleur similaire?
C'est au travers de documents d'archives en grande partie inédits, que l'exposition « 68, les Archives du pouvoir » invite ainsi à découvrir 68 depuis l'autre côté de la barricade, depuis les bureaux de l'administration, de la préfecture ou du pouvoir exécutif.

Ce parti-pris assumé ne vise pas à raconter une nouvelle histoire de 68, à se superposer aux récits précédents : l'exposition souhaite au contraire, en tenant compte des renouvellements historiographiques, contribuer à la polyphonie des événements de 1968. L'objectif est avant tout citoyen : il s'agit de montrer comment le patrimoine archivistique de la Nation française peut expliquer et donner à voir les mécanismes d'un État en difficulté.
En effet, outre le 50e anniversaire des événements, 2018 marque également l'ouverture de la majorité des archives des services de l'État encore non librement communicables (selon le Code du patrimoine). En réalité, la commémoration n'est pas seulement une opportunité : elle est également ouverture à la Nation de ses archives.
Cette mise à disposition se donnera tout particulièrement à voir dans la salle de lecture éphémère de reproductions de dossiers d'archives mise en place dans les jardins de l'hôtel de Soubise.

Commissariat de l'exposition : Philippe Artières, directeur de recherches au CNRS (IIAC-EHESS), Emmanuelle Giry, conservateur au département de l'Éducation, de la Culture et des Affaires sociales aux Archives nationales. *Avec l'aide d'Eric Landgraf et Christophe Barret, commissariat technique.

Les voix de la contestation

Site de Pierrefitte-sur-Seine

Le mouvement de 1968 remet en cause la société française des années 1960par l'ouverture de grands chantiers collectifs d'un ensemble d'impensés sociaux ; à partir du printemps 1968, commence un travail de questionnement qui n'a pas ses réponses toutes faites et qui prend comme objet tout à la fois le droit du travail, la situation des travailleurs immigrés, la condition des femmes, les sexualités, la définition de la jeunesse, le rapport entre travail intellectuel et travail manuel ou bien encore les notions de risques professionnels… Autant de questions aujourd'hui encore sur l'établi. Cette contestation passe par la constitution de comités de réflexion présents partout : Au sein des administrations, des usines, dans les salles des professeurs, les hôpitaux ou encore en classe.

Faute d'arrêter le cortège et ses revendications, le pouvoir glane ses traces. Les forces de l'ordre ou la Cour de Sûreté de l'État sont des acteurs de ces saisies dont se nourrissent les dossiers de renseignement, ou d'instruction judiciaire.

Si la saisie est une réalité administrative ou judiciaire, ce geste peut être rapproché, en ce qu'il peut générer une fixation de la contestation, de la constitution de collections documentaires par des chercheurs ou des professionnels du patrimoine. La collecte est ainsi également l'affaire d'archivistes militants ou sympathisants, de bibliothécaires et de professionnels du patrimoine, dont certains se rendent sur les lieux et opèrent de véritables collectes de facto. Paradoxalement ces gestes nous permettent aujourd'hui d'accéder et d'entendre au plus près les multiples voix de la contestation du printemps 1968, de ce qui fut appelé par la suite « l'esprit 68 ».


Autour de l'exposition

  • Publication

"68, les archives du pouvoir", co-édition Archives nationales et L'Iconoclaste,
"68, les archives du pouvoir", co-édition Archives nationales et L'Iconoclaste, Paris, 304 pages, 25 euros. A paraitre le 18 avril 2018
Un ouvrage dirigé par Philippe Artières, directeur de recherche au CNRS, et Emmanuelle Giry, conservatrice du patrimoine aux Archives nationales. ¨Préface de Michelle Perrot, professeure émérite des universités.

L'Iconoclaste

Voir la bande-annonce et le dossier de presse ici .

, 14 mai 2018