• L’évidence du raz de marée de La République en marche cache une autre réalité, infiniment moins glorieuse et moins confortable pour Emmanuel Macron. Un autre raz de marée, celui des abstentionnistes. Le constat, bien sûr, a occupé une partie des unes des quotidiens au lendemain du scrutin. Mais les conséquences de ce véritable naufrage démocratique ont été nettement moins commentées. Elles méritent pourtant que l’on s’y attarde. D’abord, parce que c’est en soi un motif d’inquiétude dans une démocratie. Ensuite, parce qu’avec moins de 50 % de participation, et après une présidentielle remportée plutôt par rejet du Front national que par adhésion à son projet, Emmanuel Macron dispose d’une bien faible légitimité. Va-t-il en tenir compte ? Évidemment non. Il se prépare au contraire à abuser de cette majorité en trompe-l’œil pour imposer au pays une contre-révolution sociale sans précédent. Il s’apprête à liquider le code du travail, en procédant par ordonnances. Et voilà, de surcroît, qu’il veut pérenniser l’état d’urgence en l’intégrant à la loi commune. Il faut lui reconnaître à cet égard une certaine cohérence. Des manifestations contre les ordonnances pourront ainsi, dans certaines conditions, tomber sous le coup d’une loi officiellement destinée à combattre le terrorisme.